Archives mensuelles : novembre 2011

Denys Chouinard et la Déclaration universelle sur les archives

Le 11 novembre dernier, un communiqué de Bibliothèque et Archives nationales du Québec annonçait l’approbation par l’Unesco du texte de la Déclaration universelle sur les archives. Texte déposé sur le site du Conseil international des archives (ICA) depuis septembre 2010, la Déclaration universelle sur les archives est disponible en version PDF et ce, dans une vingtaine de langues. Dans la présentation de la Déclaration, l’ICA fait explicitement mention de l’apport des archivistes du Québec à l’élaboration de ce document qui, inspiré du modèle de la Déclaration québécoise sur les Archives, « expose de manière concise les caractéristiques unique des archives et les exigences de gestion permettant de garantir leur accès continu aussi longtemps qu’elles sont nécessaires ». Même si la gestion des documents et des archives au Québec ne représente plus comme avant un modèle pour les archivistes des autres pays, il n’en demeure pas moins que nous sommes en droit de ressentir une certaine fierté et, par extension, une reconnaissance certaine à l’endroit de Denys Chouinard, initiateur de la Déclaration québécoise sur les archives.

Quand celui-ci, alors président du Groupe des archivistes de la région de Montréal (GARM), a lancé cette initiative en 2004-2005, il était loin de se douter de la portée universelle de son geste. Au départ, il s’agissait de rédiger une Déclaration sur les archives du Québec, un document destiné à renouveler l’image de l’archiviste aux yeux du public  en rappelant l’importance des archives dans la société et, surtout, du rôle que jouent les archivistes dans leur conservation et leur mise en valeur. Mais rapidement le comité initial a pris conscience qu’il fallait associer le qualificatif « québécois » aux archives, et non à la déclaration elle-même, d’où le glissement de sens… qui s’est avéré fort positif au final. En novembre 2007, lors de la Conférence sur la table ronde des archives (CITRA) à Québec, j’ai eu l’immense privilège de participer à une scéance de la section des Associations professionnelles de l’ICA auquel a pris part Denys Chouinard en tant que conférencier. C’est lors de cet atelier que la proposition d’élaborer un projet de déclaration universelle sur les archives, inspirée par le modèle québécois, a été approuvée par l’ensemble des participants. Et quatre ans plus tard, cette proposition devenait réalité.

Dans ce qui a conduit à l’adoption de la Déclaration québécoise sur les archives, le grand mérite de Denys Chouinard ne réside pas tant dans l’initiative elle-même que dans le fait qu’il a su rassembler, autour de sa personne, tout ce que le Québec d’alors comptait d’associations et de regroupements d’archivistes pour les faire participer à un projet unique en son genre : rédiger un plateforme commune dans laquelle tous se reconnaîtraient, tant les archivistes « classiques » que les gestionnaires de documents (records managers).

Rappelons que la Déclaration québécoise sur les archives a été lancée le 24 avril 2006 au centre d’archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), et non pas en 2007 comme le souligne l’Association des archivistes français. Elle a été entérinée par les associations et regroupements suivants:

  • Groupe des archivistes de la région de Montréal (GARM), coordonnateur du colloque
  • ARMA – Montréal
  • Association des archivistes du Québec (AAQ)
  • Groupe d’expertise en gestion des documents du gouvernement du Québec (GEGD)
  • Regroupement des archivistes religieux (RAR)
  • Regroupement des services d’archives de la région de Québec (RSARQ)
  • Regroupement des services d’archives privées agréés du Québec (RSAPAQ)
  • Réseau des services d’archives du Québec (RAQ)
  • Sous-comité des archivistes de la CRÉPUQ

Aujourd’hui, il n’est pas le temps de mesurer les effets positifs ou négatifs de cette Déclaration sur nos conditions d’exercice de cette profession parfois si mal aimée. Non, aujourd’hui, ce qu’il convient de faire, c’est de rendre hommage à Denys Chouinard, coordonnateur des archives à la Congrégation Notre-Dame.

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Photographie (Marce Lacasse, 2006) : Denys Chouinard, chef de la section des archives à la Division de la gestion des documents et des archives de la Ville de Montréal, président du Groupe des archivistes de la région de Montréal (GARM) et initiateur de la Déclaration québécoise sur les archives.

BAC et l’Association canadienne des professeurs d’université

Avouons-le franchement : il est rare qu’on monte aux barricades dans le milieu archivistique. Aussi, à l’exception de Robert Garon dans un article publié dans la revue Archives en 2003 (« Archives, bibliothèque et cyber gouvernement », vol. 34, no 3), sauf erreur, aucun archiviste ne s’est ouvertement exprimé sur la problématique des fusions entre bibliothèques et archives nationales. Le sujet s’avère par ailleurs assez mal documenté dans la littérature professionnelle, ce qui n’étonnera personne, le « modèle canadien » n’ayant pas inspiré beaucoup d’institutions dans le monde. En effet, rares sont les pays qui ont transposé le modèle d’affaires des fusions d’organismes à des institutions culturelles.

Les archivistes canadiens, qui sont nombreux à œuvrer au sein d’institutions d’archives relevant de l’État – qu’il soit de niveau fédéral ou provincial – ne sont peut-être pas les mieux placés pour critiquer ouvertement les orientations que prennent leurs administrations. En effet, un certain devoir de réserve les oblige à garder le silence. Voilà sans doute pourquoi, dans le cas de Bibliothèque et Archives Canada, la contestation ne vient pas des associations professionnelles d’archivistes, mais bien du côté des chercheurs, en l’occurrence de l’Association canadienne des professeurs d’université.

Pour diffuser leur critique, les membres de cette association ne se sont pas contentés d’envoyer un simple communiqué de presse aux médias. Ils ont conçu et mis en ligne un site Web dont le titre même ne laisse planer aucun doute sur leur position : Sauvons Bibliothèque et Archives Canada. Quand on annonce d’emblée qu’il faut « sauver » une organisation, c’est qu’il y a péril en la demeure. Et le problème soulevé par l’Association n’est pas seulement d’ordre budgétaire : il est aussi – et surtout – de nature administrative, voire politique : « Les changements prévus pour BAC auront de profondes conséquences pour la préservation et l’interprétation du patrimoine historique et culturel de notre pays. La « modernisation » en cours constitue une attaque de front à notre mémoire collective » (source).

Je ne suis pas assez au fait de la « modernisation » entreprise par BAC pour m’exprimer sur la question. Mon but, par ce billet, est simplement de signaler l’existence de ce site Web. Aussi, ceux qui souhaitent en apprendre davantage n’ont qu’à s’y rendre en cliquant sur ce lien.

Il va de soi que les fusions ne sauraient être responsables de tout ce qui ne va pas dans nos institutions. Dans certains organismes publics, fusionnés ou non, des « modernisations » peuvent avoir des effets catastrophiques sur l’accomplissement de leurs missions. La fronde qui frappe BAC de plein fouet aurait-elle dû provenir du milieu archivistique ? Je n’en sais rien, et là n’est pas mon propos. Par contre, Robert Garon le savait, lui, quand il écrivait : « Comme citoyens, les archivistes peuvent considérer cette démarche avec distance, mais comme spécialistes mandatés par leurs concitoyens pour constituer leur mémoire collective, ils manquent à leur devoir en ne posant pas les questions pertinentes et en ne faisant pas valoir leur point de vue professionnel » (Garon 2003, 91).