BAC et l’Association canadienne des professeurs d’université

Avouons-le franchement : il est rare qu’on monte aux barricades dans le milieu archivistique. Aussi, à l’exception de Robert Garon dans un article publié dans la revue Archives en 2003 (« Archives, bibliothèque et cyber gouvernement », vol. 34, no 3), sauf erreur, aucun archiviste ne s’est ouvertement exprimé sur la problématique des fusions entre bibliothèques et archives nationales. Le sujet s’avère par ailleurs assez mal documenté dans la littérature professionnelle, ce qui n’étonnera personne, le « modèle canadien » n’ayant pas inspiré beaucoup d’institutions dans le monde. En effet, rares sont les pays qui ont transposé le modèle d’affaires des fusions d’organismes à des institutions culturelles.

Les archivistes canadiens, qui sont nombreux à œuvrer au sein d’institutions d’archives relevant de l’État – qu’il soit de niveau fédéral ou provincial – ne sont peut-être pas les mieux placés pour critiquer ouvertement les orientations que prennent leurs administrations. En effet, un certain devoir de réserve les oblige à garder le silence. Voilà sans doute pourquoi, dans le cas de Bibliothèque et Archives Canada, la contestation ne vient pas des associations professionnelles d’archivistes, mais bien du côté des chercheurs, en l’occurrence de l’Association canadienne des professeurs d’université.

Pour diffuser leur critique, les membres de cette association ne se sont pas contentés d’envoyer un simple communiqué de presse aux médias. Ils ont conçu et mis en ligne un site Web dont le titre même ne laisse planer aucun doute sur leur position : Sauvons Bibliothèque et Archives Canada. Quand on annonce d’emblée qu’il faut « sauver » une organisation, c’est qu’il y a péril en la demeure. Et le problème soulevé par l’Association n’est pas seulement d’ordre budgétaire : il est aussi – et surtout – de nature administrative, voire politique : « Les changements prévus pour BAC auront de profondes conséquences pour la préservation et l’interprétation du patrimoine historique et culturel de notre pays. La « modernisation » en cours constitue une attaque de front à notre mémoire collective » (source).

Je ne suis pas assez au fait de la « modernisation » entreprise par BAC pour m’exprimer sur la question. Mon but, par ce billet, est simplement de signaler l’existence de ce site Web. Aussi, ceux qui souhaitent en apprendre davantage n’ont qu’à s’y rendre en cliquant sur ce lien.

Il va de soi que les fusions ne sauraient être responsables de tout ce qui ne va pas dans nos institutions. Dans certains organismes publics, fusionnés ou non, des « modernisations » peuvent avoir des effets catastrophiques sur l’accomplissement de leurs missions. La fronde qui frappe BAC de plein fouet aurait-elle dû provenir du milieu archivistique ? Je n’en sais rien, et là n’est pas mon propos. Par contre, Robert Garon le savait, lui, quand il écrivait : « Comme citoyens, les archivistes peuvent considérer cette démarche avec distance, mais comme spécialistes mandatés par leurs concitoyens pour constituer leur mémoire collective, ils manquent à leur devoir en ne posant pas les questions pertinentes et en ne faisant pas valoir leur point de vue professionnel » (Garon 2003, 91).

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