Congrès de l’AAQ: Territoires numériques (suite et fin)

Je termine cette série de billets sur le congrès de l’Association des archivistes du Québec par un compte rendu succinct d’une table ronde à laquelle j’ai participé : Le stade semi-actif à l’ère du numérique, un concept dépassé ? Outre moi-même, Christian Bolduc, archiviste à BAnQ, et Jean-François Moufflet, archiviste à la Direction des archives de France, ont participé à cette discussion.

Après avoir rappelé l’origine de la théorie des trois âges et, plus particulièrement, du stade semi-actif en gestion des documents d’activité, Christian Bolduc a en quelque sorte mis la table afin que cette conférence suscite une réflexion sur des concepts trop souvent tenus pour acquis dans la communauté archivistique. Pour ce faire, il a posé la question suivante : le stade semi-actif, élément central de la théorie des trois âges et des programmes de gestion documentaire du 20e siècle, a-t-il toujours sa place dans le monde numérique du 21e siècle ? Question fort pertinente illustrée par Jean-François Moufflet. Dans son exposé, celui-ci a démontré la nécessité d’un second âge dans la vie des documents numériques en exposant trois études de cas tirés de son expérience concrète auprès d’administrations françaises. Il ne s’agissait pas vraiment d’un semi-actif à la québécoise, mais plutôt d’une approche pragmatique de la gestion du cycle de vie dans un environnement numérique. Quant à moi, j’ai proposé de recourir à la notion de durée d’utilité administrative et légale (DUAL), un concept qui réalise la fusion entre la durée d’utilité administrative (DUA) à la française et la durée d’utilité légale (DUL) qu’on retrouve parfois dans les calendriers de conservation de Suisse romande.

Dans un prochain billet, j’exposerai plus en détails cette notion de DUAL et ma vision sur la théorie des trois âges à l’ère numérique, vision que je partage avec Anouk Dunant Gonzenbach, archiviste aux Archives d’État de Genève. Pour le moment, je me contenterai de résumer succinctement les réactions de quelques auditeurs :

  • Certains associent l’abandon du stade semi-actif à un relâchement de la gestion des documents.
  • D’autres perçoivent la notion de DUAL comme étrangère à notre pratique et, par conséquent, trop théorique.
  • D’autres encore pensent que le fait d’ôter le stade semi-actif de la gestion documentaire va rendre caduque la nécessité d’élaborer un calendrier de conservation.
  • D’autres enfin croient qu’avec l’abandon du semi-actif, il sera plus difficile qu’avant de sensibiliser les décideurs à l’importance de bien gérer ses documents.

Bref, beaucoup de craintes et de confusion dans les interventions qui ont suivi les présentations. Ce que je comprends, c’est qu’on ne change pas vingt-cinq ans de représentations archivistiques du jour au lendemain… et les archivistes québécois, imprégnés du vocabulaire de la Loi sur les archives (1983), des Archives au XXème siècle (Carol Couture et Jean-Yves Rousseau, 1983) et de La gestion des documents administratifs (Michel Roberge, 1983), ne sont peut-être pas prêts à abandonner la théorie des trois âges, même si sa pertinence à l’ère numérique s’avère plutôt discutable. Nous y reviendrons.

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Photographie Gilles Barbeau (merci). De gauche à droite: Jean-François Moufflet, Daniel Ducharme, Guy Dinel (modérateur) et Christian Bolduc (debout).

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