Dans le but de préparer sa conférence de clôture au 33e congrès de l’Association des archivistes du Québec qui s’est tenu à Ste-Adèle en juin 2004, le regretté Jacques Grimard m’avait demandé de lui envoyer un texte d’une page sur la question du changement de paradigme en archivistique. Je reproduis ici ce texte que j’ai légèrement remanié pour les circonstances mais qui, pour une grande part, demeure d’actualité.
L’annonce d’un changement de paradigme en archivistique a été proclamée à la fin des années 1980 par des archivistes nord-américains dans le contexte général de l’application des principes archivistiques à la gestion des documents sous forme électronique. Bien que ce concept de paradigme remonte aux Grecs (Platon), c’est l’épistémologue Thomas Kuhn qui, au début des années 1960, lui a donné son sens actuel. Ce concept ne se réfère pas seulement au développement des sciences, mais aussi à leur application, voire à leur modélisation par la communauté professionnelle. En archivistique, par exemple, un changement de paradigme signifierait que la communauté archivistique aurait intégré dans sa pratique des changements intervenus dans ses principes et assises. A partir là, posons simplement la question suivante : Qu’est-ce qui a changé dans nos pratiques pour qu’on puisse parler d’un changement paradigmatique ?
Essentiellement trois choses :
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L’intervention de l’archiviste dès la création, voire dès la conception des documents et des systèmes qui les gèrent, est une devenue une nécessité vitale, car c’est le seul moyen de préserver l’authenticité et la fiabilité des archives, autrement dit leur valeur de témoignage. L’archiviste qui se contente d’attendre des « versements » est un archiviste en voie de trahir sa mission fondamentale : la constitution du patrimoine archivistique de la nation.
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L’intervention dès la conception des documents et des systèmes qui les gèrent supposent une pratique professionnelle de plus en plus normalisée. Ainsi la rédaction de politiques, procédures et normes fait dorénavant partie du labeur quotidien de l’archiviste. Et le « compliance management » devrait faire partie de son horizon professionnel.
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Le fait de savoir si le changement de paradigme en archivistique affecte ou non la justesse de ses principes et assises constitue un débat qui est loin d’être clos. Le principe de provenance, en spécifiant le contexte de la production des documents, semble être en mesure de garantir l’authenticité et la fiabilité des documents numériques. Par contre, la notion de cycle de vie s’avère malmenée par certains chercheurs anglophones, théoriciens du records management, qui tentent de la transformer en « records continuum ». Cette dernière notion, toutefois, pénètre avec difficulté les milieux professionnels. Quant à la notion de « document », elle interpelle la structure des données et alimente de nombreuses discussions.
Assistons-nous à un véritable changement de paradigme en archivistique ? Sans doute, mais le processus est toujours en cours.