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Le professeur Couture: témoignage d’un ancien élève

Aujourd’hui, 31 janvier 2012, Carol Couture quitte ses fonctions de directeur général et conservateur de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), autrefois les Archives nationales du Québec. Il ne m’appartient pas de juger de ses réalisations à la tête de cette direction pour laquelle je suis à l’emploi depuis treize ans. Par contre, j’ai retrouvé dans mes archives personnelles un texte que j’avais écrit, à la fin des années 1990, pour l’Association des archivistes du Québec alors que Carol Couture avait été pressenti pour recevoir un prix quelconque. On m’avait alors demandé de rédiger un témoignage en tant qu’ancien élève de Carol Couture. Ce que je me suis empressé de faire mais, pour des raisons qui m’échappent, ce texte n’a jamais été diffusé. C’est ce texte, aussi ancien ma relation avec le professeur Couture, que je reproduis ci-dessous à votre intention. Il a été écrit entre 1995 et 1997. En cordonnier mal chaussé, j’avais négligé de le dater…

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J’ai connu Carol Couture en septembre 1985 alors que j’étais étudiant en deuxième année de maîtrise à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal. À l’époque, je n’avais nullement l’intention de devenir archiviste. Plutôt porté vers l’étude des problèmes de classification, je songeais vaguement à me spécialiser en analyse documentaire. Puisque les exigences du programme m’obligeaient à suivre un certain nombre de cours, je m’inscrivis, un peu par hasard, au cours d’Organisation des archives aux fins administratives donné par Carol Couture. C’est là que j’ai compris que je m’étais trompé et me suis vite empressé d’opter pour la concentration en archivistique offerte dans le cadre du programme de l’EBSI.

Un ouvrage intitulé Le goût de l’archive d’une historienne française spécialisée en histoire sociale de l’époque moderne (Arlette Farges) résume bien l’apport du professeur Couture à mon cheminement personnel. En effet, en présentant l’archivistique – discipline en émergence comme il se plaît souvent à l’affirmer – dans une perspective intégrée, Carol Couture a su me communiquer l’amour du métier. Rompant avec une vision fragmentaire, parcellaire, bref incomplète de l’archivistique, il a su aussi me faire comprendre qu’être archiviste cela signifie toujours plus de ce qu’on pourrait penser. Ainsi, quand parfois je me décourage du peu de prestige relié à cette profession, je me dis, en classant mes vieux papiers, ou en élaborant une règle de conservation, que mine de rien je travaille à la constitution du patrimoine documentaire de la nation… Comme l’écrivait Carol Couture dans une communication récente, les archives sont le miroir de la société, la mémoire de l’humanité (Cf. Archives, 1995, vol. 27, no 2). À cette assertion, j’ajouterais: Et il appartient à nous, archivistes, qu’il en soit ainsi.
Carol Couture m’a enseigné à deux reprises. Je suis convaincu que ses qualités de pédagogue dépassent les murs de l’Université de Montréal. Elles pourraient se résumer en trois mots: clarté, concision et précision. Clarté parce que, pour lui, l’archivistique demeure une discipline animée par des principes largement répandues dans la communauté internationale, principes qu’il convient de transmettre adéquatement parce qu’ils constituent les fondements même de la discipline. Concision parce que, les principes une fois transmis, Carol Couture n’oubliait jamais qu’ils référaient toujours à une pratique concrète de sorte qu’il s’avérait inutile et, surtout, stérile, de poursuivre plus avant un enseignement qui ne correspondait pas à la mission fondamentale de l’archiviste. Précision parce qu’il considérait qu’il ne saurait y avoir de rigueur professionnelle sans une utilisation précise du vocabulaire et ce, tant pour les mots en général que pour la terminologie archivistique en particulier. Par exemple, je me souviens encore que, dans l’un de ses cours, Carol Couture définissait les archives définitives comme étant celles qui ont perdu toute valeur administrative prévisible. Le mot « prévisible » employé dans ce contexte témoigne bien du souci de précision, de nuance et de rigueur qui a toujours fait la marque du professeur Couture.

Outre ses qualités de pédagogue, je crois qu’il importe de témoigner des qualités humaines de Carol Couture. En effet, en plus de transmettre les principes archivistiques de façons claire, concise et précise à ses étudiants et, par le fait même, d’avoir constamment en tête de valoriser la profession, le professeur Couture s’est toujours intéressé à eux de manière à ce que, le diplôme une fois obtenu, la relation qu’il entretenait avec ses élèves se poursuive sur un autre terrain. À ma connaissance, il ne s’est jamais montré indifférent au sort de ces derniers. Quand il en croise un dans le couloir de l’EBSI, il se renseigne au sujet d’un autre dont il n’a plus de nouvelle. À chaque fois qu’il le peut, il les encourage à persévérer, les aidant parfois à pénétrer le dur marché de l’emploi. Et cela vaut autant pour les élèves québécois que ceux qui proviennent d’autres pays.

J’aimerais terminer ce témoignage en soulignant l’apport de Carol Couture à la recherche en archivistique, apport qu’il est toutefois encore difficile de mesurer la portée avec exactitude. Contrairement à ce qui aurait pu se produire chez d’autres personnes, Carol Couture a opéré le passage de praticien à professeur titulaire sans que cela affecte ses qualités professionnelles. Par là, je veux dire qu’il est devenu chercheur universitaire sans perdre la grande simplicité d’approche qui le caractérisait et qui le caractérise encore. Ainsi, ses réflexions sur les principes et les fonctions archivistiques, sur l’approche intégrée, sur l’évaluation des archives ainsi que sur la mission de l’archiviste s’avèrent d’un intérêt certain pour l’avancement de la discipline archivistique. Et pourtant ses réflexions sont celles d’un homme simple, d’un gars du Saguenay qui ne craint pas de retrousser ses manches, d’un homme modeste dont pourtant le nom est connu tant en Europe, en Amérique latine qu’en Afrique de l’Ouest.

En dépit du fait que l’archivistique soit une profession fort ancienne, elle demeure méconnue. S’il est un homme qui a contribué à la faire mieux connaître, à la doter de solides assises, à lui redonner ses lettres de noblesse, c’est bien le professeur Couture. En cela, je suis fier de compter parmi ses anciens élèves.