Des archives à la portée de tous : les bibliothèques présidentielles américaines

Franklin Delano Roosevelt fut le premier président des États-Unis à offrir ses archives à l’état fédéral. En 1939, il fit don de ses documents présidentiels et personnels, considérant que tout cela faisait partie du patrimoine national et devait être accessible au public.

Herbert Hoover, qui avait précédé Roosevelt à la tête du pays, décida de faire de même. Tous les présidents depuis lors, au terme de leur mandat, remettent leurs archives à la National Archives and Records Administration (les Archives nationales des États-Unis) qui les administrent dans des bibliothèques situées dans l’état d’origine du président. C’est ainsi que les documents de Dwight D. Eisenhower sont à Abilene au Kansas, ceux de Jimmy Carter à Atlanta en Géorgie, etc. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_pr%C3%A9sidentielle)

À l’heure actuelle, l’édifice du Franklin D. Roosevelt Presidential Library and Museum, à Hyde Park sur les rives de la Hudson River au nord de New York, est en cours de rénovation et ne sera réouvert qu’à l’été 2013. En attendant, les visiteurs peuvent apprécier une exposition intitulée The Roosevelts : Public Figures, Private Lives. Il s’agit de la plus importante présentation de photos sur la vie privée et la carrière publique de Franklin D. Roosevelt et de son épouse Eleanor Roosevelt. On y montre quelque 1 000 photographies et films d’archives, soigneusement disposés, qui révèlent au grand public des contributions exceptionnelles à la vie publique américaine (particulièrement durant la Grande Crise et la Seconde Guerre mondiale). Elles témoignent aussi de parcours personnels inspirés par des valeurs humanistes indéniables mais également marqués par des relations personnelles parfois difficiles.

Les choix de photos, les superbes agrandissements, les textes courts et bien rédigés, tout concourt à donner au grand public pleinement accès à une mémoire essentielle à la compréhension d’une époque clé de l’histoire américaine, celle au cours de laquelle furent instaurées des mesures particulièrement significatives en terme de partage de la richesse aux États-Unis. L’ensemble du fonds d’archives des Roosevelt à Hyde Park comprend des millions de pages de documents textuels, des milliers de photographies, des films, des enregistrements d’émissions de radio, des cadeaux, des volumes, etc.

La bibliothèque est située à côté de la maison natale de Roosevelt. Ce dernier, tout au long de sa carrière publique à titre de gouverneur de l’État de New York et ensuite de président des États-Unis, s’y est rétiré à maintes reprises. La maison, que l’on peut visiter, se présente tel que les Roosevelt l’occupaient.

http://www.fdrlibrary.marist.edu/

Photos : Franklin D. Roosevelt Presidential Library and Museum (1), Marie Gauthier (2, 3, 4).

Sur les murs d’un Montréal qui s’efface : des archives peintes dans le paysage urbain

L’éditeur Fides a publié plus tôt ce mois-ci un ouvrage peu banal de souvenirs à partir d’archives inscrites sur les murs de Montréal.  Le texte est de Réjane Bougé et les photos de Michel Niquette.

Invitée à la radio de Radio-Canada, Réjane Bougé a mentionné que son bouquin a été l’occasion d’effectuer un travail de mémoire. Il s’est agi de retracer les publicités peintes sur les murs dans la première moitié du XXe siècle. Retour dans l’histoire chargé d’émotion, puisqu’il porte sur des traces du passé inscrites dans le paysage urbain et qui sont en train de disparaître. Réjane Bougé ajoute que par ailleurs la recherche d’archives photographiques lui a permis de découvrir le look d’origine des affiches, dans toute leur splendeur. Elle ne plaide pas en faveur de la restauration de ces oeuvres (sauf quelques spécimens) mais elle tient à les faire parler pour évoquer des souvenirs personnels sur  le parcours de familles canadiennes-françaises de Montréal (Plateau Mont-Royal et Hochelaga-Maisonneuve) passées de la pauvreté à une certaine aisance.

À lire… et à voir !

P.S. : un lecteur du blogue attire notre attention sur un livre belge traitant du même sujet. http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=8825142

ARCHIVES À VOIX HAUTE-QUÉBEC EN MÉMOIRE 2 DES TRÉSORS D’ARCHIVES DÉVOILÉS !

Les archivistes de la Ville de Québec annoncent une deuxième activité ARCHIVES À VOIX HAUTE. Voici leur communiqué de presse : 

Québec, le 12 septembre 2012 –  À l’occasion des Journées de la culture, la Ville de Québec, en collaboration avec L’Institut Canadien de Québec, invite la population à l’activité d’animation Archives à voix haute, qui mettra en valeur, de façon originale, vivante et subtile, plusieurs « trésors d’archives ». L’événement est gratuit et se tiendra le samedi 29 septembre, en continu, de 13 h à 16 h, au salon de lecture de la bibliothèque Gabrielle-Roy (2e étage), située au 350, rue Saint-Joseph Est.

Environ une vingtaine de textes d’archives seront lus, accompagnés d’illustrations, permettant ainsi non seulement de témoigner, mais aussi d’émouvoir, de faire sourire et de rire, d’émerveiller et de faire découvrir Québec et les gens qui l’ont habité au travers des époques.

Que ce soit les interventions des pompiers, il y a plus d’un siècle, certains règlements municipaux « insolites » ou encore des anecdotes et demandes cocasses faites par des touristes au fil des ans, la découverte et l’étonnement seront au menu!

Présenté une première fois en 2010 à l’occasion du 25e anniversaire de l’inscription de l’arrondissement historique du Vieux-Québec à la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, le concept « Archives à voix haute » revient ainsi pour une seconde présentation. La formule, créée en France il y a plus de dix ans, poursuit sa progression au Québec.

Les citoyens sont attendus en grand nombre!

Source : Marie-Louise Poulin, Service des communications, 418 641-6210

L’ Accueil Bonneau, 135 ans d’accueil… Les archivistes soulignent l’exceptionnelle continuité de l’oeuvre !

En cette année du 135e anniversaire de l’Accueil Bonneau (créé en 1877), le Service des archives des Soeurs Grises participe aux célébrations en installant au 420 de la rue Saint-Paul Est une exposition qui rappelle le remarquable parcours, tout en compassion, de cette célèbre institution montréalaise.

Dans la vitrine des documents originaux de l’exposition se trouve une lettre de Soeur Élizabeth Dupuis, supérieure générale des Soeurs Grises. En 1877, elle répond à l’appel des fondateurs de l’oeuvre, Joseph Vincent et René-Marie Rousseau (sulpicien), qui souhaitent vivement que les religieuses en assurent le bon fonctionnement. Soeur Dupuis estime les ressources disponibles nettement insuffisantes, mais, avec foi et confiance, elle écrit : Cependant nous voulons essayer ce peu que la Divine Providence pourrait peut-être multiplier en faveur de tant de malheureux.

Et elle aura eu raison d’engager sa congrégation. Les archives et artefacts réunis habilement dans une petite salle de l’Accueil Bonneau, et qui comprennent des photos, un plan, un registre d’admission, un registre du linge donné, des dessins, de la correspondance, un habit de religieuse et des chaises, montrent l’habileté et la détermination des soeurs. On constate vite que la bonne gestion et l’exemplarité de l’entreprise ont fait en sorte que le grand public n’a jamais cessé de soutenir l’Accueil. L’exemple le plus révélateur est certes la vague de générosité des citoyens au lendemain de la terrible explosion de la bâtisse en 1998. Dans un temps record, on recueillit les fonds nécessaires et l’on reconstruisit.

L’exposition fait ressortir une continuité dans la charité tout à fait hors de l’ordinaire. Elle souligne également une évolution. De la bienfaisance de jadis, on est passé au concept plus récent d’insertion sociale des démunis. Les archivistes n’ont pas manqué de se rendre jusqu’à nos jours et de mentionner entre autres l’expérience récente de la Chorale de l’Accueil Bonneau (1996-2003), le présent Studio d’art et de musique (depuis 2011), ou encore le Répit Saint-Gérard (situé dans Lanaudière).

Sous l’habile direction de Caroline Simard et de Janie Théorêt (conception, montage et réalisation), muséologie et archivistique se marient très bien. Avec simplicité et grande application, les artisanes de ce projet, secondées par des partenaires et collaborateurs généreux, livrent aux gens de l’Accueil Bonneau un heureux rappel d’une oeuvre transmise de génération en génération, rassemblant constamment des religieuses et des laics.

On ressort de l’édifice de la rue Saint-Paul en archiviste fier pour les collègues du Service des archives des Soeurs Grises, et en citoyen touché par les objectifs d’humanité de l’Accueil Bonneau. C’est donc en somme une présentation réussie.

P.S. : l’exposition est ouverte ce weekend (15 septembre, 10h00 à 15h00) ainsi que le prochain (22 et 23 septembre, 10h00 à 15h00). Le dimanche 16 septembre, à 13h30, il y a une conférence intitulée L’Accueil Bonneau, patrimoine social de Montréal et présentée au 427, rue de la Commune Est. Elle est suivie d’une visite de l’exposition.

http://www.accueilbonneau.com/

BAnQ – Calendrier des activités culturelles septembre 2012 à janvier 2013

Fidèle à son mandat, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) continue de contribuer à la vie culturelle de la cité. L’institution pan-québécoise vient de lancer sa programmation culturelle des cinq prochains mois. Livres et archives y sont mis en valeur en faisant en sorte que les centres de BAnQ sur l’ensemble du territoire soient des lieux d’animation.

Les événements sont multiples et variés. La brochure publicitaire d’une vingtaine de pages (photo plus haut) (http://www.banq.qc.ca/accueil/) foisonne de suggestions susceptibles de rejoindre de nombreux publics. Le thème de la philosophie est en vedette avec Raymond Klibansky (1905-2005), à propos duquel une exposition prendra l’affiche à la Grande Bibliothèque à compter du 13 novembre 2012 (jusqu’au 25 août 2013). La littérature sera bien servie par une exposition sur Gérald Godin, Être ou ne poète, également à la Grande Bibliothèque (du 27 novembre 2012 au 10 novembre 2013).

L’histoire sera à l’honneur grâce à une série de dix conférences fort pertinentes sur Histoires d’immigration .On traitera d’abord des Écossais, des Irlandais, des Italiens, des Juifs et des Grecs. On passera ainsi en revue les vagues successives d’arrivants au pays. Le tout sera présenté à la Grande Bibliothèque et sera animé par la journaliste Dominique Poirier.

Les centres d’archives de Montréal, Québec, Abitibi-Témiscamingue, Bas-Saint-Laurent, Côte-Nord, Outaouais et Mauricie continueront d’offrir des expositions et des ateliers-conférences.

BAnQ a profité du lancement de sa programmation 2012-2013 pour attirer l’attention sur la mise en ligne sur son site internet des bandes audio du célèbre spectacle de 1968, L’Osstidcho . L’occasion est belle de rappeler l’acquisition du fonds d’archives d’Yvon Deschamps par l’institution nationale.

Voilà quelques éléments d’une rentrée riche et prometteuse. Nous reviendrons plus tard sur certains d’entre eux au fur et à mesure que nous les découvrirons.

«VAN GOGH. DE PRÈS» au Musée des beaux-arts du Canada. En filigrane de l’exposition, 902 documents d’archives…

Il ne reste plus qu’une semaine pour voir au Musée des beaux-arts du Canada l’exposition Van Gogh. De près. Même si l’on n’y retrouve pas les chefs-d’œuvre du célèbre artiste, à l’exception de l’Amandier en fleurs (ci-haut), le déplacement à Ottawa est plus que justifié.

Parmi les tableaux accrochés, plusieurs ne sont guère connus. Ils proviennent de collections particulières ou de musées qui ne sont pas les plus courus par les touristes de l’art ; par exemple, les musées américains de Saint-Louis, Cincinnati, Richmond (Virginie), Washington, Dallas, Honolulu, les musées européens de Genève, Ottorlo (Pays-Bas). Le Musée des beaux-arts du Canada et le Philadelphia Museum of Art n’ont pas ménagé les efforts pour réunir des œuvres aussi dispersées.

Il faut toutefois mentionner que la cueillette s’est avérée insuffisante pour meubler toutes les salles de l’exposition. Il y a trois salles sans aucun tableau de Van Gogh ; on y a placé plutôt des estampes japonaises en provenance de Toronto, des gravures et dessins du XVIe au XIXe siècle et des photographies du XIXe montrant des éléments naturels pris en gros plan.

Mais ce qui ne se voit pas et qui est pourtant omniprésent, ce sont les 902 lettres qui constituent la correspondance de Vincent Van Gogh. Il s’agit des missives échangées principalement avec Théo, son frère, d’autres membres de sa famille et des amis. Ces lettres, qui couvrent une vingtaine d’années, constituent un véritable journal personnel dans lequel l’artiste se raconte et parle abondamment de son œuvre. Il y ajoute des dessins à l’appui des commentaires qu’il livre sur ses expériences artistiques. Une véritable mine d’or pour les historiens de l’art ! Les commissaires de l’exposition Van Gogh. De près ne se sont pas privés et ont puisé largement dans cet «autoportrait» pour faire leur travail.

C’est ainsi que l’on est à même de suivre le cheminement d’un créateur d’exception et de mieux comprendre le sens de son exploration et les objectifs de son entreprise. Cette correspondance, plus que précieuse, mériterait sans hésiter d’être inscrite au Patrimoine documentaire de l’Humanité de l’UNESCO, plus précisément au registre Mémoire du monde.

Bon voyage à Ottawa !

N.B. : Il y a foule aux guichets du Musée. Il est sage d’acheter à l’avance son billet d’entrée sur le site internet :    http://www.beaux-arts.ca/vangogh/fr/index.htm

Édition de la correspondance de Van Gogh : http://www.amazon.fr/gp/product/2742785868?ie=UTF8&tag=courrierinter-21&linkCode=as2&camp=1642&creative=6746&creativeASIN=2742785868

Les cinq grandes religions du monde à Nicolet, au cœur du Québec

Le Musée des religions du monde à Nicolet a changé de «look». Depuis mai, son exposition permanente sur la pratique comparative des cinq grandes religions de la planète, le boudhisme, le catholicisme, l’hindouisme, l’islamisme et le judaïsme, présente un nouveau visage. Les concepteurs ont opté pour la simplicité et l’interactivité. Sous le titre général de Êtes-vous près? ils invitent à une prise de conscience sur la place qu’occupe la religion dans nos vies.

Dès le premier coup d’oeil, il est évident que les similitudes sont nombreuses entre ces univers culturels. Les formes, les couleurs, les habits, les rites, les chants, les prières, les fêtes, bien que tous spécifiques, ne sont jamais si éloignés les uns des autres. Les rites initiatiques, les formules de recueillement, le sens de la communauté et du partage, tout cela et bien davantage se croise d’une certaine façon. D’une section à l’autre de l’exposition, on voyage dans la sociologie des religions, guidés par cinq jeunes adolescents, chacun se faisant le porte-parole de son univers religieux.

Quel défi de taille que de vouloir aborder les cinq grandes religions du monde ! Le Musée de Nicolet y est allé bien sûr de raccourcis afin de rejoindre le plus grand nombre. Il ne pouvait en être autrement. Toutefois, on doit se demander si l’on ne passe pas ainsi à côté d’un bagage énorme que ces cultures renferment.  L’approche historique étant plutôt effacée,  on aborde très peu l’apport de ces religions à l’évolution de l’Humanité. Qu’il s’agisse des contributions positives ou négatives à l’avancement des collectivités, cet aspect fondamental des choses est esquivé.

Il y a un charme certain à être piloté par des adolescents qui exposent candidement  leur découverte du monde religieux. Mais tout cela paraît trop court. On comprend bien que les contraintes d’espaces du musée forcent les concepteurs à survoler les choses ; mais de la sorte, on a le sentiment de rater beaucoup trop d’éléments. Que de place on pourrait faire entre autres aux archives pour illustrer l’impact de ces formidables courants de pensée dans l’aventure humaine.

Il n’en demeure pas moins que le Musée des religions ouvre sur l’œcuménisme et joue le rôle de rassembleur, ce qui est plus que pertinent. Malgré nos réserves, ce lieu de mémoire mérite bien sa place dans l’ensemble de l’offre muséale québécoise.

Illustration tirée du site internet du Musée des religions du monde : http://museedesreligions.qc.ca/